L’exposition Megalomanie, jusqu’au 18 juillet à la Fondation Nicola del Roscio. La recherche de l’Absolu et la crise de l’objet selon CANEMORTO.
Après “Pescheria” (MATTA, Milan, 2023), “En Plein Air” (Spazio C21, Reggio Emilia, 2023) et “Il Restauro dell’Ipogeo Txakurreo” (TAM Museum, Matera, 2022), le collectif artistique CANEMORTO est de retour pour exposer, cette fois dans les espaces de la Fondazione Nicola del Roscio, à Rome, avec l’exposition “Mégalomanie”, organisée par Davide Pellicciari et Carlotta Spinelli.
Mégalomanie, une exposition entre vérité et fiction

Une annonce inattendue, c’est-à-dire la présumée disparition du trio à la suite d’un mystérieux incident, cohérente avec le parcours entrepris par le groupe et avec le contexte dans lequel il a évolué précédemment, a encore plus attiré l’attention sur l’exposition. L’événement, volontairement énigmatique, d’une part attire l’attention sur la performance, d’autre part génère des réflexions sur la pratique symbolique du trio, dévoué à la divinité canine Txakurra, configuration d’une entité sacrée, médiatique, qui veille d’une certaine manière sur leur processus de recherche, traçant un sens de continuité dans l’enquête visuelle.

Tout comme dans les expositions précédentes, “Mégalomanies” pousse le jeu plus loin, réfléchit sur le rôle de l’autorité, de cette entité guide qui devient l’élément moteur du message, un message qui, à son tour, est traversé par différents langages et qui accompagne la réflexion sur la fiabilité et la crédibilité des mécanismes du système de l’art contemporain, et sur l’exposition et le positionnement de l’artiste dans les divers contextes où son image est exploitée.

En confondant les plans entre réalité et fiction, l’environnement, continu et presque lunaire, semble suspendu en attente de révélations, irrévérencieux, remuant la pratique visuelle et conceptuelle à travers un type d’art qui se régénère en proposant de nouvelles voies d’interprétation. Parmi celles-ci, la prise de conscience que l’objet ne s’épuise pas conditionnellement dans les circonstances du récit environnemental mais se propage au-delà, tout comme le clarifient les grandes œuvres calcographiques, initialement prévues intactes pour l’exposition, qui stationnent froissées, semblables à des restes d’un corps céleste désintégré et écrasé sur Terre soudainement.
La recherche de l’Œuvre Absolue

Le processus de remodulation scénique et les points de jonction de la recherche sont racontés dans la projection filmique “La Recherche de l’Oeuvre Absolue”, qui introduit l’exposition, une référence, peut-être, à l’œuvre assonante “La recherche de l’absolu” de 1834 de l’écrivain parisien Honoré de Balzac (1799-1850).
Le protagoniste Balthazar Claës, en s’isolant dans son laboratoire de chimie, perd la cognition du monde qui l’entoure en se consacrant obsessionnellement à la recherche de l’idéal de l’Absolu, sacrifiant finalement tout, y compris la relation avec sa propre famille, pour atteindre un objectif plus grand. Cela renforce ainsi un concept qui embrasse une pensée philosophique et transversale, à savoir comment la matière, subissant diverses modifications en raison de l’intervention de moyens externes, produit la réalité qui nous entoure et comment elle-même, fille d’une matrice initiale, aspire au centre primordial de la création.

L’intention de créer des estampes calcographiques de grandes dimensions, la représentation de l’échec et de la destruction de la matière, comme à la suite d’une explosion chimique, se réfèrent à l’imaginaire du scientifique tourmenté par l’atteinte d’un objectif placé au-dessus de toute attente humaine.
La project room de la Fondazione transformée en un laboratoire scientifique

Du micro au macro et vice versa, une série de télescopes exposés semblent s’opposer aux gigantesques plaques de métal dont la matière a pris une nouvelle forme, soulignant comment l’expérience transforme chaque chose en l’amenant à un nouveau stade de connaissance. Pour chaque télescope, autant de plaques de petit format travaillées avec le soutien de professionnels et d’artisans dans la même project room de la Fondation, pensée, dans ce cas, comme un véritable laboratoire.
« Mégalomanie » se configure comme une exposition qui abdique à son propre fonctionnement, le trio sabote l’intention première de l’exposition elle-même, avertit le spectateur de la condition conceptuelle modifiée qui l’attend, comme dans un rituel initiatique. Si l’artiste est appelé en dehors de son propre rôle, se retrouvant inévitablement à faire face aux logiques du marché et pas seulement, le visiteur d’autre part a le pouvoir d’assister et, en partie, de contribuer à la destruction de la fonction qui lui est attribuée.
L’exposition est une invitation à visiter un laboratoire sans autre attente que celle de refuser l’axiome ou le préétabli, en s’ouvrant aux questions posées par un système dans lequel le produit absorbe l’œuvre et son Absolu.

Diplômée en médias, communication numérique et journalisme, elle collabore avec divers magazines culturels. Outre sa passion pour l’exploration des mécanismes qui régissent les relations entre le cinéma, l’art contemporain et la communication, domaines dans lesquels elle s’est spécialisée, elle s’intéresse à la manière dont ces disciplines s’influencent et s’entrecroisent, donnant naissance à de nouveaux systèmes d’expression et de transmission du message culturel.



