L’astrolabe Mughal de Lahore, réalisé en 1612, arrive chez Sotheby’s avec une estimation allant jusqu’à 2,5 millions de livres sterling. L’objet unit science, pouvoir et artisanat dans l’un des chapitres les plus élevés de la production impériale.
Pourquoi Lahore fut un centre de savoirs sous le règne de Jahangir ?
Dans la première décennie du XVIIe siècle, l’empire Mughal connut une forte expansion culturelle sous l’empereur Jahangir. Dans ce contexte, Lahore devint un pôle central pour la médecine, la botanique et les études astrologiques.
Cela dit, la ville s’imposa aussi pour la Lahore School, qui combinait des méthodes astronomiques islamiques et hindoues. De cette tradition naquirent des astrolabes de qualité exceptionnelle, des instruments capables de calculer l’heure, la date, les étoiles et la latitude.
Qu’est-ce qui rend unique l’exemplaire d’astrolabe Mughal vendu par Sotheby’s ?
Le lot sera mis aux enchères par Sotheby’s à Londres le 29 avril. L’estimation oscille entre 1,5 et 2,5 millions de livres sterling, soit environ 2-3,4 millions de dollars. De plus, il pourrait dépasser le record d’enchères actuel, juste en dessous de 1 million de livres sterling.
Ce record remonte à 2014 et concerne un astrolabe ottoman du XVe siècle. En comparaison, cet exemplaire mughal a des dimensions et une complexité supérieures, des facteurs qui influencent son positionnement sur le marché.
Appelé Astrolabe Aqa Afzal, il pèse presque 20 livres, soit environ 9 kg, et a un diamètre comparable à celui d’une grande casserole. Ce n’était donc pas un objet de voyage, mais un instrument de grand format et de haute spécialisation.
Qui l’a commandé et qui l’a réalisé ?
L’astrolabe fut produit à Lahore par deux frères de la troisième génération d’un atelier fondé par l’astronome de cour de Humayun, le deuxième empereur Mughal. Les noms sont ceux de Qa’im Muhammad et Muhammad Muqim.
Il s’agit de l’un des seuls deux astrolabes attribués à ces artisans. L’autre se trouve au Musée National d’Irak, ce qui en confirme la rareté et l’intérêt historique.
Quelles caractéristiques techniques expliquent sa valeur ?
L’instrument enregistre les longitudes et latitudes de 94 villes et montre les positions de 38 étoiles principales, en plus des 12 signes du zodiaque. Il calcule également la hauteur des bâtiments en fonction de la longueur des ombres.
De plus, il inclut des cadrans spécialisés pour la trigonométrie et pour les calculs liés au soleil. La précision technique s’accompagne d’un grand soin esthétique, visible dans la calligraphie élégante et les finitions raffinées.
Les pointeurs stellaires sont reliés par un motif floral avec des tulipes et des pétales élargis, traits distinctifs des artisans impliqués. Dans l’ensemble, la qualité formelle renforce la perception de l’objet comme œuvre d’art en plus d’être un instrument scientifique.
Qui était Aqa Afzal et pourquoi son origine est-elle importante ?
Aqa Afzal incarnait la nature cosmopolite du monde Mughal sous Jahangir. Né à Shiraz, dans l’actuel Iran, il provenait du milieu safavide et se déplaça vers l’est après être tombé en disgrâce à la cour de la fin du XVIe siècle.
Pendant presque trois décennies, il servit l’empire Mughal dans des rôles de premier plan, y compris celui de vice-gouverneur de Lahore. C’est dans ce contexte qu’il acquit l’astrolabe, qui entra ensuite dans des circuits de collection de très haut niveau.
L’instrument, parmi les plus grands existants, appartint ensuite au dernier souverain de Jaipur, Maharaja Sawai Man Singh II, avant de passer à une collection privée à Londres. Sa trajectoire reflète la longue continuité d’intérêt pour les objets scientifiques de prestige.
Dans l’ensemble, le passage de ce chef-d’œuvre de Lahore à Londres remet au centre le rôle de l’artéfact scientifique dans le collectionnisme international. Pour approfondir le contexte historique et astronomique, on peut consulter le site de Sotheby’s, le British Museum et le Metropolitan Museum of Art.
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Experte en marketing digital, Amelia a commencé à travailler dans le secteur de la fintech en 2014 après avoir écrit sa thèse sur la technologie Bitcoin. Auparavant, elle a été auteure pour plusieurs magazines internationaux liés aux cryptomonnaies et CMO chez Eidoo. Elle est aujourd’hui cofondatrice et rédactrice en chef de The Cryptonomist et d’Econique.


