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700 œuvres, recettes à 100 % : la plateforme de solidarité pour les artistes iraniens

Un tableau vendu par un artiste de Bam, une sculpture expédiée depuis Téhéran, une aquarelle signée à Shiraz : depuis la fin août, ces œuvres disposent d’un canal direct vers les collectionneurs internationaux grâce à une nouvelle plateforme de solidarité pour les artistes iraniens née en pleine guerre. Elle s’appelle Continuum: Artist Relief for Iran et est en ligne depuis le 13 août, avec plus de 200 artistes impliqués et environ 700 œuvres en vente, dont l’intégralité des recettes va directement dans les poches de ceux qui les ont créées.

Points clés

  • Continuum: Artist Relief for Iran a été lancée le 13 août 2026 et relie plus de 200 artistes iraniens à des collectionneurs internationaux.
  • Le projet est la première initiative de Duran Art Projects, une plateforme curatoriale basée au Canada fondée par Dario Duran et Mariam Rasti.
  • 100 % des recettes des ventes vont directement aux artistes, sans commissions intermédiaires.
  • La guerre qui a éclaté le 28 février 2026 a temporairement déplacé 3,2 millions de personnes en Iran, selon l’agence de l’ONU pour les réfugiés.
  • Les sanctions économiques et l’interruption des vols rendent incertains à la fois les revenus en monnaie locale et les délais d’expédition des œuvres.

Lancement de Continuum pour relier les artistes iraniens au marché mondial

Continuum est né pour offrir un souffle économique à une communauté d’artistes déjà éprouvée par des années de sanctions et désormais durement touchée par le conflit. La plateforme est la première initiative de Duran Art Projects, une structure curatoriale basée au Canada fondée par le collectionneur Dario Duran et la curatrice Mariam Rasti. Le projet à but non lucratif propose environ 700 œuvres signées par des artistes iraniens émergents et peu représentés sur le marché international, avec 100 % des revenus qui parviennent directement aux créateurs, sans intermédiaires commerciaux. Les artistes et les galeries impliqués ne se limitent pas à Téhéran, mais couvrent différentes villes et régions dans tout le pays, un détail que les fondateurs considèrent comme central pour l’identité même du projet.

Les coulisses et les motivations des fondateurs

Les racines de Continuum plongent dans la guerre commencée le 28 février 2026, lorsque des attaques conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran ont déclenché une série de représailles militaires. Duran, curateur et collectionneur canado-iranien installé en Iran après avoir quitté Toronto il y a six ans, a fui Shiraz avec sa famille alors que la ville subissait de lourds bombardements, pour rejoindre une localité côtière dans le nord du pays. Rasti, à la même période, a quitté Téhéran pour Rasht. Duran raconte avoir été profondément bouleversé par les conversations avec des artistes dont la situation empirait de jour en jour : l’un d’eux lui aurait confié qu’il vendait ses pinceaux et ses tubes de peinture simplement pour survivre. D’où la décision d’écrire une lettre adressée à des galeries, amis et collègues à l’étranger, qui a reçu une réponse immédiate : ceux qui répondaient disaient deux choses, qu’ils avaient pleuré en lisant le texte et qu’ils étaient prêts à soutenir toute initiative que Duran souhaiterait mettre en place.

Soutien financier et approche curatoriale

Tous les artistes qui ont fait une demande n’ont pas été acceptés : derrière l’urgence humanitaire subsiste un processus curatorial rigoureux. L’objectif de Duran et Rasti n’est pas seulement d’aider ceux qui vivent une difficulté concrète en Iran, mais de garantir que la plateforme reflète des pratiques artistiques contemporaines sérieuses, en évitant un regard orientaliste sur le travail des artistes. Avec l’aide d’amis à l’étranger, les deux fondateurs ont d’abord rassemblé dans un PDF les œuvres d’environ 30 artistes en situation de besoin aigu, un document qui a rapidement grandi à mesure que la nouvelle se répandait. De là, le projet s’est élargi via les réseaux sociaux et le contact direct avec les galeries iraniennes, auxquelles une condition précise a été posée : aucune commission. La réponse, selon Duran, a été « sans précédent », avec des galeries de tout le pays prêtes à renoncer à leurs marges pour maximiser le bénéfice économique des artistes.

Pas de marketing du traumatisme, place à la diversité artistique

Rasti décrit Continuum comme un effort conscient pour éviter ce qu’elle définit comme « marketing du traumatisme » : il n’a pas été demandé aux artistes de réaliser des œuvres sur la guerre, et les sujets présentés sur le site sont extrêmement variés. Selon Rasti, qui travaille dans le monde de l’art iranien depuis plus d’une décennie, les difficultés du secteur étaient évidentes bien avant le conflit : « Le secteur artistique est toujours le premier à subir des dommages lors de tout événement social, politique ou économique », raconte-t-elle depuis Téhéran. Elle connaît des artistes qui étaient restés des mois sans une seule vente avant même le déclenchement de la guerre, dans un climat de tensions et de fermetures qui pesait déjà sur le pays. Malgré cela, elle souligne que la scène culturelle iranienne reste vivante : « Nous sommes un peuple qui va encore en pèlerinage sur les tombes de nos poètes, morts il y a des siècles », dit-elle, comme image d’une culture loin d’être fanée.

L’impact de la guerre et les défis opérationnels

Le conflit a provoqué un déplacement à très grande échelle : selon l’agence de l’ONU pour les réfugiés, la guerre a entraîné le déplacement temporaire de 3,2 millions de personnes à l’intérieur de l’Iran, dont beaucoup en fuite vers le nord depuis Téhéran et d’autres grandes villes. C’est dans ce contexte que se déroulent aussi les ventes de Continuum, compliquées par une monnaie iranienne qui continue de s’effondrer à la seule perspective de nouvelles sanctions américaines. Une volatilité qui, comme l’explique Duran, peut éroder la valeur réelle des revenus entre le moment de la vente et celui du paiement effectif à l’artiste.

Problèmes de vente et d’expédition

Avec les vols interrompus depuis le début de la guerre, l’expédition des œuvres est devenue imprévisible. Continuum indique aux acheteurs une fenêtre temporelle comprise entre trois et six mois, même si Duran précise que l’équipe travaille pour livrer bien plus tôt : cette estimation large, dit-il, sert uniquement à être transparente « par précaution ». Jusqu’à présent, seuls deux acheteurs ont renoncé à l’achat en raison des délais d’expédition, tandis que la plupart ont fait preuve de compréhension face aux difficultés logistiques liées aux sanctions et à l’isolement international du pays. Les artistes iraniens, d’ailleurs, peinent plus que d’autres à obtenir de la visibilité à l’étranger : de nombreuses galeries internationales évitent de les représenter en raison des problèmes liés aux expéditions et aux paiements, tandis que les restrictions sur les visas rendent rares les occasions comme les résidences à l’étranger.

Continuum comme diplomatie culturelle

Duran et Rasti décrivent Continuum comme quelque chose qui va au-delà de la simple vente d’œuvres. « Je considère cela comme un morceau de diplomatie culturelle », dit Duran, ajoutant que « l’art peut maintenir des formes de connexion lorsque d’autres types de connexion deviennent difficiles ». Pour Rasti, l’objectif est plus proche de la correction d’un déséquilibre de visibilité souvent lié à la « chance et au hasard », en veillant à ce qu’un artiste travaillant dans une ville reculée ait la même exposition que celui qui se trouve à Téhéran. Cet aspect de diplomatie culturelle par l’art explique pourquoi le projet est observé avec intérêt même en dehors du circuit strictement artistique, comme exemple de la manière dont le collectionnisme international peut rester un canal actif même lorsque les relations diplomatiques entre pays se compliquent.

Le point de vue des artistes sur l’exposition mondiale

Pour les artistes impliqués, cet aspect est loin d’être théorique. Le couple d’artistes Mina Darijani et Ali Akbar Sharifi, basé à Bam, dans la province de Kerman, a des œuvres présentes sur la plateforme. Darijani raconte que parfois l’un des deux doit interrompre son propre travail pour permettre à l’autre d’acheter les matériaux nécessaires. Et pourtant, même dans cette situation économique difficile, la vente à l’étranger revêt pour elle une signification qui va au-delà du revenu : « Quand une de mes œuvres est vue ou achetée à l’étranger, je ne le vis pas simplement comme un succès commercial », dit Darijani. « Je le vois comme une sorte d’ouverture d’un chemin de connexion ».

FAQ

Qu’est-ce que Continuum et quand a-t-elle été lancée ?

Continuum est une plateforme en ligne lancée le 13 août 2026 qui relie plus de 200 artistes iraniens à des collectionneurs dans le monde entier, avec l’objectif de leur fournir un soutien économique direct.

Comment Continuum soutient-elle économiquement les artistes iraniens ?

Continuum destine 100 % des recettes des ventes directement aux artistes iraniens qui font face à des difficultés liées à la guerre et aux sanctions économiques.

Quelles difficultés Continuum rencontre-t-elle pour opérer pendant la guerre ?

La plateforme doit gérer la volatilité de la monnaie iranienne, qui continue de perdre de la valeur, ainsi que des complications logistiques dans les expéditions causées par les interruptions de vols liées au conflit.

Quelle approche curatoriale Continuum suit-elle dans la sélection des œuvres ?

Continuum évite le soi-disant marketing du traumatisme : il n’est pas demandé aux artistes de réaliser des œuvres liées à la guerre, et la plateforme valorise une large gamme diversifiée de sujets artistiques, au-delà des thèmes du conflit.

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