À Séoul, parmi les allées bondées du centre des congrès Coex, les ventes d’art à Frieze Seoul ont raconté cette année une histoire à deux vitesses. D’un côté, l’enthousiasme d’un public international, de curateurs, de collectionneurs et de visages connus du monde du spectacle qui ont rempli les couloirs de la foire ; de l’autre, une prudence généralisée dans les négociations, avec des acheteurs qui ont pris leur temps avant de conclure leurs acquisitions. La cinquième édition de la manifestation, ouverte au public VIP le 2 septembre, a néanmoins enregistré des opérations de poids, confirmant que le marché coréen reste un nœud stratégique pour les grandes galeries internationales, même lorsque l’économie mondiale envoie des signaux contradictoires.
Points clés
- Frieze Seoul a atteint un record de 133 galeries participantes pour sa cinquième édition, en provenance de 30 pays.
- Deux noms historiques de la foire, Perrotin et Massimo De Carlo, n’ont pas participé cette année.
- Parmi les ventes les plus importantes : une peinture d’Adrian Ghenie cédée par Thaddaeus Ropac pour 1,1 million d’euros, et une œuvre de Yoo Youngkuk vendue par Kukje Gallery pour un montant compris entre 2,2 et 2,5 milliards de wons.
- Les collectionneurs coréens montrent une préférence croissante pour les achats auprès de galeries étrangères, souvent réglés en dollars.
- La foire sera transférée l’année prochaine au Dongdaemun Design Plaza tandis que le Coex fera l’objet de travaux de rénovation.
La cinquième édition de Frieze Seoul établit un nouveau record de participation
Frieze Seoul atteint 133 galeries participantes, un record
Jamais autant de galeries n’avaient choisi Séoul : la cinquième édition de la foire a réuni 133 espaces d’exposition provenant de 30 pays, un chiffre qui consolide la manifestation comme point de référence pour l’art contemporain en Asie. La journée d’ouverture réservée aux VIP a vu trois files de visiteurs se former à l’entrée dès 11 heures du matin, avec un flux décrit comme aussi frénétique que l’évolution de la bourse sud-coréenne. Parmi le public, on a également remarqué des visages connus du spectacle coréen, comme les acteurs Han So-hee et Jung Il-woo, ainsi que The8 du boys band Seventeen et Annie du groupe Allday Project.
La foire a en outre introduit d’importantes nouveautés curatoriales : la section Spotlight, qui a pris la place de Frieze Masters, a remis l’accent sur des pratiques du XXe siècle restées en arrière-plan, tandis que la nouvelle section Material Practice a réuni céramique, textiles, verre, métal, bois et papier. Focus, l’espace dédié aux galeries émergentes, s’est également élargi pour la première fois au-delà de l’Asie, en présentant seize jeunes structures pensées pour attirer une nouvelle génération de collectionneurs.
Les galeries de premier plan Perrotin et Massimo De Carlo absentes cette année
Tout le monde, cependant, n’a pas confirmé sa présence. Deux des galeries historiquement les plus solides de la foire, Perrotin et Massimo De Carlo, ont choisi de ne pas participer à cette édition. De Carlo a néanmoins maintenu un lien avec la ville en organisant un pop-up avec la peintre abstraite Hejum Bä dans le quartier de Seochon.
Un article publié le mois dernier par le quotidien économique Korea Economic Daily a interprété ces absences comme un signe de baisse d’attrait pour Frieze Seoul. Il s’agit toutefois d’une lecture discutable, qui ne trouve pas de confirmation univoque dans les données de vente recueillies pendant la foire : de nombreuses galeries, cette année encore, ont rapporté des transactions importantes, démontrant que le marché reste actif malgré les changements de line-up parmi les exposants.
Des ventes de grande valeur mettent en évidence l’intérêt du marché
Au-delà des absences, le premier jour de la foire a produit des résultats économiques tangibles, avec des transactions réparties entre des artistes internationaux de premier plan et des noms de la scène coréenne.
Artistes contemporains et ventes en galeries
La vente qui a ouvert le bal est venue de Thaddaeus Ropac, qui a placé la peinture Figure with Funerary Stele d’Adrian Ghenie pour 1,1 million d’euros (environ 1,28 million de dollars), ainsi qu’une sculpture en fonte de fer d’Antony Gormley pour 750 000 livres sterling (un million de dollars), une œuvre de David Salle intitulée Blue Trunks pour 220 000 dollars et une étude d’Alex Katz pour 150 000 dollars. De nouveaux travaux de l’artiste coréenne Heemin Chung ont été vendus entre 24 000 et 33 000 dollars.
Les géants internationaux ont eux aussi enregistré des chiffres importants : Hauser & Wirth, qui l’an dernier avait fait parler de lui avec la vente record d’une œuvre de Mark Bradford pour 4,5 millions de dollars, a placé des travaux de Louise Bourgeois, Jenny Holzer et Jeffrey Gibson dans une fourchette comprise entre 185 000 et 600 000 dollars, incluant le bronze Femme de Bourgeois vendu à 600 000 dollars et deux grandes toiles de Lorna Simpson cédées respectivement à 425 000 et 400 000 dollars. White Cube a, de son côté, trouvé un acquéreur pour un bronze du défunt Georg Baselitz, affiché autour de 800 000 euros, tandis que le même artiste est au centre d’une rétrospective de 46 œuvres au Sehwa Museum of Art.
Des galeries coréennes comme Gallery Hyundai ont également contribué au bilan, en vendant plusieurs œuvres de Kim Tschang-yeul — célèbre pour ses peintures de gouttes d’eau — dont une cession pour 1,1 million de dollars, ainsi que des travaux de Seung-taek Lee entre 170 000 et 700 000 dollars.
Forte dynamique des ventes pour les artistes du mouvement Dansaekhwa
Kukje Gallery a placé une abstraction de 1971 de Yoo Youngkuk pour un montant compris entre 2,2 et 2,5 milliards de wons (entre 1,62 et 1,84 million de dollars), achetée par un membre du conseil d’un musée nord-américain. Les œuvres de Yoo, au centre d’une grande exposition au Seoul Museum of Art, étaient également présentes sur les stands de Pace Gallery, où une œuvre était proposée à 1,5 milliard de wons (1,1 million de dollars), et de PKM, autre point de référence de la scène de Séoul.
Kukje a en outre vendu des travaux de deux figures clés du mouvement Dansaekhwa, Ha Chong-Hyun et Park Seo-Bo, chacun pour plus de 300 000 dollars. La fondation dédiée à Park vient d’inaugurer un musée qui attire déjà des visiteurs internationaux, tandis que Ha, 90 ans, fera l’objet d’une grande exposition de synthèse à l’Asian Art Museum de San Francisco d’ici la fin du mois. Almine Rech a obtenu un autre résultat à sept chiffres avec une peinture de 1979 de Lee Ufan, lui aussi âgé de 90 ans, proposée à un prix demandé de 1,2 million de dollars. Ceux qui recherchaient des montants encore plus élevés pouvaient se tourner vers le stand de Sprüth Magers, où deux œuvres récentes de George Condo étaient affichées à 2,3 et 2,6 millions de dollars.
Évolution des comportements des collectionneurs et sentiment du marché
La tendance la plus significative qui ressort de cette édition concerne la manière dont les collectionneurs coréens choisissent où dépenser. Lucida Kyungmin Lee, directrice de la recherche sur le marché de l’art auprès de la plateforme Meetingroom, a expliqué que, pour les œuvres les plus coûteuses, les acheteurs coréens se tournent de plus en plus souvent vers l’étranger, préférant acheter auprès de galeries internationales où les transactions se font en dollars. « Avec le dollar comme option intéressante, il est probable que moins d’argent afflue vers le marché de l’art local », a-t-elle observé.
Ce scénario s’entrecroise avec un climat de prudence généralisée. Bryan Bhak, directeur de la galerie Bhak à Séoul, a décrit une attitude répandue parmi les acheteurs : « Dans une situation comme celle-ci, les gens ont tendance à conserver leur liquidité. Ils sont beaucoup plus prudents lorsqu’ils achètent, à moins qu’il ne s’agisse d’une œuvre qu’ils aiment vraiment ou qu’ils estiment avoir un potentiel de marché clair. » Une autre voix du secteur, la conseillère citée dans les rapports de marché, a été encore plus directe, en soulignant que l’imprévisibilité pèse sur le marché de l’art plus qu’une véritable récession économique.
Les chiffres recueillis par le président de la Galleries Association of Korea, Sunghoon Lee, donnent une consistance concrète à cette perception : le marché coréen global a chuté de presque 25 %, pour atteindre 615 milliards de wons (433 millions de dollars) en 2025, par rapport au pic de 2022. Lee a toutefois exprimé sa confiance dans la prochaine génération de collectionneurs, définis comme de « véritables passionnés d’art » qui privilégient des œuvres plus petites et accessibles par rapport aux grands investissements : moins de volume de ventes, mais une fidélité accrue.
Pourquoi c’est important : ce changement de cap dans les comportements d’achat n’est pas un détail marginal. Si les grands collectionneurs coréens continuent de déplacer des capitaux vers des galeries étrangères opérant en dollars, les galeries locales risquent de perdre du terrain précisément au moment où le marché intérieur se contracte, avec des effets directs sur les cotations des artistes coréens moins établis et sur la capacité des institutions nationales à retenir des œuvres de premier plan.
Changement de lieu pour Frieze Seoul et événements alternatifs des galeries
Malgré l’expansion du groupe Frieze vers Abou Dabi et l’acquisition de l’Armory Show et d’Expo Chicago, l’organisation a confirmé un engagement concret envers la Corée du Sud. L’année prochaine, la foire sera transférée au Dongdaemun Design Plaza, conçu par Zaha Hadid, tandis que le Coex sera soumis à des travaux de rénovation. La foire partenaire Kiaf Seoul, qui fête cette année son 25e anniversaire avec 175 galeries de 18 pays, restera en revanche dans son site actuel. Au niveau local, un certain scepticisme circule déjà quant au fait que le nouveau lieu soit suffisamment grand pour accueillir l’événement dans sa forme actuelle.
Certaines galeries ont choisi des voies alternatives par rapport au stand classique de foire. Paula Cooper Gallery, présente lors des trois dernières éditions, a renoncé à un stand à la foire pour organiser une exposition collective ambitieuse, intitulée « Woods Lands Meadows », à Frieze House Seoul, le siège coréen qui reproduit le modèle de l’espace No. 9 Cork Street à Londres. Le projet inclut des œuvres de Meg Webster, Terry Adkins et Sol LeWitt, ce dernier étant également au centre d’une importante exposition à l’Amorepacific Museum of Art. Le partenaire de la galerie, Anthony Allen, a expliqué que l’objectif était de trouver une manière différente de construire des relations avec le public, plus durable que les temps restreints d’une foire, en visant à développer des liens avec les collectionneurs et les musées de la ville, y compris des collaborations avec des institutions à Busan.
Le directeur de la foire, Patrick Lee, a raconté avoir travaillé au cours de l’année écoulée pour rendre le public local « plus curieux », en l’incitant à dialoguer directement avec les galeries : un processus lent, a-t-il admis, mais qui commence à porter ses fruits, comme le montre la présence de collectionneurs et de curateurs venus du Japon, de Hong Kong, de Chine continentale, de Taïwan, de Singapour et de Malaisie, ainsi que de groupes muséaux nord-américains. Thaddaeus Ropac, qui cultive depuis cinq ans une présence stable à Séoul avec une équipe locale, a ajouté que le public coréen reste l’un des plus sophistiqués d’Asie, même si tout le monde n’achète plus autant qu’il y a deux ou trois ans : « Ici, les gens demandent de la culture », a-t-il déclaré, à l’occasion de l’ouverture de son exposition consacrée à Georg Baselitz, la première en galerie depuis la mort de l’artiste en avril dernier.
FAQ
Combien de galeries ont participé à Frieze Seoul 2026 ?
Un nombre record de 133 galeries a pris part à la cinquième édition de Frieze Seoul, en provenance de 30 pays différents.
Quelles grandes galeries étaient absentes de Frieze Seoul 2026 ?
Les galeries de premier plan Perrotin et Massimo De Carlo n’ont pas participé à cette édition de la foire.
Quelles ont été certaines ventes de grande valeur remarquables à Frieze Seoul 2026 ?
Parmi les ventes les plus significatives figurent la peinture d’Adrian Ghenie cédée pour 1,1 million d’euros, l’abstraction de Yoo Youngkuk vendue pour plus de 2,2 milliards de wons et un bronze de Georg Baselitz affiché autour de 800 000 euros.
Comment les comportements d’achat des collectionneurs coréens sont-ils en train de changer ?
Les collectionneurs coréens montrent une préférence croissante pour les achats auprès de galeries étrangères, où les transactions se font en dollars, un signe de prudence lié à l’imprévisibilité économique actuelle.
Contenu réalisé avec l’assistance de l’intelligence artificielle et avec révision éditoriale humaine.

Experte en marketing digital, Amelia a commencé à travailler dans le secteur de la fintech en 2014 après avoir écrit sa thèse sur la technologie Bitcoin. Auparavant, elle a été auteure pour plusieurs magazines internationaux liés aux cryptomonnaies et CMO chez Eidoo. Elle est aujourd’hui cofondatrice et rédactrice en chef de The Cryptonomist et d’Econique.


